Ce week-end, je suis également allé voir Coutures ...
Coutures est le nouveau film d'Alice Winocour (César 2016 du meilleur scénario original pour Mustang) avec Angelina Jolie et Louis Garrel. On y retrouve également Garance Marillier et Ella Rumpf, les deux héroïnes du film Grave (2016) de Julia Ducournau. Coutures, avec un "s", parle des blessures de différentes femmes dans le milieu de la mode qui ont besoin d'être recousues. On est face à un drame au féminin et au pluriel. Dans Coutures, il s'agit de coudre des vêtements au sens littéral du terme, mais il s'agit aussi de recoudre des vies au sens plus figuré. Le film aborde également le problème de la perception du corps de la femme et de l'image qu'on se fait de la femme dans le milieu du mannequinat, qui doivent correspondre à un standard.
Nous sommes au moment de la Fashion Week, à Paris. Y sont présentes, Maxine Walker (Angelina Jolie), Ada (Anyier Anei) et Angèle (Ella Rumpf). Maxine est une réalisatrice américaine invitée à la Fashion Week pour y tourner un clip publicitaire qui est sensé ouvrir la soirée. Ada quant à elle est une jeune mannequin sud‐soudanaise qui fait ses début dans les défilés de mode. Enfin, Adèle est une maquilleuse qui ambitionne de se lancer dans l'écriture d'un roman qui raconte son quotidien dans le monde de la haute couture. Les trois femmes vont devoir surmonter différentes adversités, la révélation d'un cancer du sein pour Maxine, les dures lois du mannequinat pour Ada et un besoin de s'affirmer dans un autre domaine (l'écriture) pour Adèle. Ses trois destins vont alors se croiser dans les coulisses du défilé.
Sans être un ratage complet, le film d'Alice Winocour est assez mal cousu ... oui je sais, le jeu de mot était facile ! Mais toujours est-il que c'est le premier ressenti qui m'ait venu à l'esprit en sortant du film, tellement l'écriture du film est mal fichue. Coutures dresse le portrait de trois femmes, mais sans jamais arriver à tisser du lien entre elles. Alice Winocour peine à trouver une ligne conductrice, si ce n'est à travers le personnage d'Adèle qui note tout sur son carnet. C'est en quelque sorte la voix off du film, la narratrice. Le problème, c'est qu'on passe d'une séquence à une autre sans queue ni tête. On passe d'un personnage à un autre sans bien comprendre le squelette du film. C'est très brouillon et on a du mal à avoir de l'empathie pour des personnages et actrices à qui on ne donne pas le temps de s'exprimer pleinement.
On sent bien malgré tout que la réalisatrice s'intéresse surtout au destin de Maxine, qui semble être son double à l'écran. D'autant plus que c'est Angelina Jolie et son fort magnétisme qui opère à l'écran. C'est comme si Alice Winocour était tombée amoureuse du personnage et de l'actrice. Résultat, Angelina Jolie phagocyte tout le film et les deux autres actrices (Anyier Anei et Ella Rumpf) peinent à exister. Il y a aussi Garance Marillier qui interprète une couturière qui semble très investie dans son travaille, mais elle prononce tout au plus deux ou trois mots durant tout le film. C'est comme si son personnage avait été coupé au montage, après s'être rendu qu'il manquait de potentiel. J'ai quand même envie de sauver Vincent Lindon de ce marasme, qui interprète de façon très convaincante un médecin à la fois ferme et compatissant. Par contre, je ne sauverai pas l'autre personnage masculin du film, interprété par Louis Garrel, qui comme à l'accoutumée nous sort son jeu de mâle alpha qui domine le troupeau ... le beau gosse ténébreux qui fait chavirer le cœur de toutes les femmes, quoi !
Bref, Coutures est un film assez inégal et donc mal cousu. Dans l'ensemble, j'ai quand même apprécié le film, surtout pour Angelina Jolie qui arrive à être touchante et qui est toujours aussi magnétique sur grand écran. C'est assez judicieux de lui avoir proposé le rôle, en partie à cause du trauma qu'elle a vécu elle-même, ayant subit une double ablation des seins pour prévenir un risque élevé de cancer. C'est donc courageux de sa part d'avoir accepté d'incarner un tel rôle et d'avoir accepter de se mettre à ce point à nue devant la caméra. Aprés sa prestation dans Maria de Pablo Marin sorti l'an dernier, elle confirme une fois de plus que c'est une grande actrice, mais qui n'a juste pas eu la carrière qu'elle méritait ... et Coutures ne va pas particulièrement redorer son blason.