Je viens de mater Cent Mille Dollars au soleil ...
Sorti en 1964 et réalisé par Henri Verneuil, Cent Mille Dollars au soleil est un grand classique du cinéma français des années 60. C'est un film d'aventure/road movie qui profite des dialogues ciselés de Michel Audiard et de la mise en scène musclée du plus américain des réalisateurs français, Henri Verneuil. D'ailleurs, Cent Mille Dollars au soleil ressemble à s'y méprendre à un western américain, à la seule différence près qu'il se déroule dans le Sahara espagnol. Et puis, rajoutez la BO composée par Georges Delerue et un casting trois étoiles (Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo et Bernard Blier) et vous avez le parfait exemple d'une grosse production française vouée au succès.
Dans les années 1960, quelque part non loin du Sahara espagnol, Rocco (Jean-Paul Belmondo), le Plouc (Lino Ventura) et Mitch-Mitch (Bernard Blier) forment une bandes de routiers désabusés par leur métier. Ils sont exploités par la Betterave (Gert Fröbe) qui est leur patron de l'entreprise de transports routiers. Mais voilà qu'un beau jour, un camion flambant neuf arrive dans les locaux de l'entreprise "familiale" transportant une cargaison inconnue. On ne sait pas quoi au juste, mais on devine bien que ce n'est pas que du ciment. Cette cargaison éveille tout naturellement la curiosité et la convoitise de nos trois lascars, surtout Rocco le plus jeune et le ambitieux des trois amigos. Mais voilà, un nouveau routier prénommé John Steiner (Reginald Kernan) est recruté pour s'occuper du mystérieux chargement.
Ni une ni deux, Rocco prend les devants et subtilise les clés du camion "tout beau, tout neuf" et part au petit matin avec la mystérieuse cargaison tant convoitée. Mais ce n'est pas tout, Rocco n'est pas seul, il se fait la belle avec sa belle, la prénommée Pepa (Andrea Parisy). La Beterave est furieux en apprenant le vol du camion et convoque le Plouc pour partir à sa recherche. Bien qu'étant ami avec Rocco, le Plouc est fatigué de tout ça et veut en finir au plus vite ... il est trop vieux pour ces conneries, quoi ! Mitch-Mitch quant à lui, prend tout ça à la dérision et s'amuse beaucoup des petits ennuis du Plouc. Le Plouc part donc à la poursuite de Rocco avec une prime à la clé et John Steiner comme passager. Que transporte le camion ? Qui est vraiment ce John Steiner ? Nous le découvrirons durant ce voyage.
Cent Mille Dollars au soleil est ce qu'on pourrait appeler, pour l'époque, un gros blockbuster à la français. Il y a tout pour en faire un grand film de divertissement, de l'humour, de l'action, des courses poursuites, une amitié virile, des femmes, Bernard Blier en "comic relief", Jean-Paul Belmondo la star montante du cinéma français et cerise sur le gâteau, le grand Lino Ventura. Et pour mettre tout ça en boite, on mise sur des valeurs sûres, Henri Verneuil à la réalisation et Michel Audiard aux dialogues et au scénario. Pour rappel, c'est à eux deux que l'on doit, entre autres, Le Président (1961), Un singe en hiver (1962) et Mélodie en sous-sol (1963) ... un gros succès par an, quoi !
Cent Mille Dollars au soleil, c'est aussi un enchainement continu de répliques absolument cultes : "Si le crédit n'existait pas, y a longtemps que l'Afrique serait morte." ; "Quand les passions s'en mêlent, y a plus de types solides." ; " Veinarde, va ! Tu m'as choisi parce que je suis beau, et crac ! V'là qu'en plus c'est un cerveau, le mec." "Dans la vie on partage toujours la merde, jamais le pognon." et ma p'tite préférée à moi "Oh tu sais, quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent." Et à cela, on peut rajouter la musique de Georges Delerue qui participe à cette rythmique si particulière des dialogues.
A une époque où émerge toute la clique de la Nouvelle vague, Cent Mille Dollars au soleil c'est du cinéma dit "à papa". Et aucune connotation péjorative à mes yeux, bien au contraire, c'est le résultat d'un savoir-faire éprouvé dans la matière. C'est du cinéma populaire comme je les aime, avec les dialogues jubilatoires de Michel Audiard, la mise en scène toujours très carrée d'Henri Verneuil, la BO efficace de Georges Delerue et trois monstres sacrés du cinéma des années 60 avec jean Paul Belmondo, Lino Ventura et Bernard Blier. Alors certes, le scénario est assez linéaire et sans surprises, mais les courses poursuites sont enlevées et avec une belle histoire d'amitié virile. On peut aussi y voir une histoire passage de relais entre une génération d'acteurs à une autre, de Lino Ventura à Jean-Paul Belmondo.