
Sorti en 2012 et réalisé par Joe Wright, Anna Karénine est l'adaptation du roman du même nom de Léon Tolstoï, une vaste fresque historique qui porte un regard sur la société russe du XIXe siècle, entre passions amoureuses, conflits moraux et observations aigues des mœurs de l'aristocratie russe. C'est certainement le roman russe le plus connu au monde, ayant été adapté maintes fois sur grand écran, Anna Karénine ayant été interprété successivement par Greta Garbo (deux fois), Vivien Leigh, Jacqueline Bisset et même Sophie Marceau. Dans la version de Joe Wright, c'est Keira Knightley qui s'y colle. C'est la troisième collaboration entre le réalisateur et son actrice fétiche, après Orgueil & Préjugés (2005) et Reviens-moi (2007).
Nous sommes à Moscou, Stiva Oblonski (Matthew Macfadyen) a trompé sa femme Dolly (Kelly MacDonald) qui le menace alors de le quitter. Sa sœur Anna Karénine (Keira Knightley) quitte alors St Pétersbourg pour rejoindre Moscou afin d'apaiser la situation et réconcilier son frère avec sa femme. Durant son passage à Moscou, Anna rencontre le conte Alexis Vronski (Aaron Taylor-Johnson) lors d'un bal et c'est le coup de foudre immédiat. Vronski est un brillant officier de cavalerie, promis à un grand avenir. Or, Anna est mariée avec Alexis Karénine (Jude Law) un haut fonctionnaire du gouvernement russe. Karénine est rigide et distant, ne témoignant aucune tendresse pour Anna. Bref, leur union est sans passion, étant plus fondé sur le besoin de stabilité sociale que sur le véritable amour. A contrario, la passion est immédiate et foudroyante entre Anna et Vronski. Anna ne peut résister et succombe à cet amour interdit (et tragique).
En parallèle, nous suivons le destin de Constantin Levine (Domhnall Gleeson) un modeste propriétaire terrien qui s'éprend de Kitty (Alicia Vikander) la jeune sœur de Dolly. Lorsque Levine déclare sa femme à Kitty, elle le repousse immédiatement car elle n'a d'yeux que pour le beau Vronski. Lorsque Vronski la délaisse pour Anna, il est déjà trop tard. Elle se rend très vite compte qu'un amour uniquement basé sur la passion ne peut pas fonctionner. Elle a mûri et croit désormais en un amour plus constructif, basé sur la raison. Levine est tellement épris de Kitty, qu'il revient et la demande de nouveau en mariage. Cette fois-ci, elle ne fait pas la même erreur, elle accepte sa demande, ils se marient et s’installent à la campagne. Leur mariage est sincère, mais semé de doutes.
Levine et Anna sont deux personnages radicalement opposés, les deux parfaits contraires ... Et si le film donne plus de place à Anna, c'est Levine qui m'a le plus touché. Anna est une femme capricieuse et irréfléchie et même par moment hystérique, tout le contraire de Levine qui est calme et mesuré. C'est dommage que le récit penche à ce point sur un couple (Anna et Vronski) pour en négliger autant l'autre (Levine et Kitty). De plus, la mise en scène est très théâtrale. Tout est très chorégraphié, comme un ballet. Certaines scènes sont magnifiques, mais c'est froid et ça met le spectateur à distance. D'un point de vue esthétique le film est magnifique, mais d'un point de vue purement émotionnel ça tombe un peu à plat.
Bref, Anna Karénine version 2012 est un très beau film et on sent que Joe Wright maitrise son sujet. C'est un metteur en scène très raffiné, qui porte un soin à chaque détails du plan, au point où il en néglige un peu le réalisme. J'ai vraiment eu l'impression d'être au théâtre et je suis resté spectateur sans me sentir impliqué, parce que l'émotion est trop factice, c'est trop froid. Je n'ai pas retrouvé la beauté des sentiments de ses deux premiers films (Orgueil & Préjugés et Reviens-moi), à cause justement du maniérisme qui annule toute émotion. Par contre, sur le plan purement technique et esthétique, il est indéniable que c'est un très beau film. Au final, on retient tout de même la réalisation inventive et théâtralisée, le visuel très riche et surtout un drame romanesque très puissant (mais malheureusement annihilé par la mise en scène).

