J'ai rematé Barry Lyndon ...
Sorti en 1975 et réalisé par Stanley Kubrick, Barry Lyndon est un drame historique d'une beauté visuelle (et sonore) inouïe. On a le droit à une succession de tableaux de grand maîtres, le tout accompagné d'une BO classique (la Sarabande de Haendel et le Trio pour piano n°2 de Schubert) qui transcende l'image et élève l'émotion. Barry Lyndon est bien plus qu'un film, c'est une œuvre d'art qui respire la beauté cinématographique, c'est la perfection de l'esthétisme. En adaptant le roman du même nom de William Makepeace Thackeray, Stanley Kubrick "peint" la vie d'un jeune irlandais Redmond Barry, de son ascension sociale fulgurante, jusqu'à sa chute finale ... le récit classique du "rise and fall" d'un personnage trop ambitieux.
Nous sommes en Irlande au milieu du XVIIIe siècle sous le règne de George III et nous suivons les aventures du jeune Redmond Barry (Ryan O'Neal) qui au début du film a bien du mal à trouver sa place. Tout d'abord, il voit son père mourir en duel et se retrouve seul avec sa mère (Marie Kean). Les années passent et il tombe amoureux de sa cousine Nora (Gay Hamilton) qui lui fait découvrir ses premiers émois charnels. Et alors qu'un rival apparait pour conquérir le cœur de Nora, à son tour il va devoir se battre en duel et s'exiler, sans un sous, mais avec de grandes ambitions. Il s'engage alors dans l'armée britannique comme simple soldat et est envoyé combattre les Français sur le continent pour ce qui sera le début de la guerre de Sept Ans (1756-1763). Barry va connaitre le triste sort du simple soldat et souffrir de milles maux.
A la fin de la guerre de Sept Ans, Barry se met alors en tête d'épouser une femme possédant fortune et titres. Il jette son dévolu sur la belle et très riche comtesse de Lyndon (Marisa Berenson), dont le mari est mourant ... et chose qui devait arriver arriva, son mari meurt et Edmond Barry, devenu Barry Lyndon, se retrouva à la tête d'une fortune colossale. Ses efforts sont enfin récompensés, il a assouvi ses ambitions et est devenu quelqu'un d'important. Mais on sent très vite que plus dure sera la chute, puisqu'une fois arrivé en haut, on ne peut que tomber ... et Barry Lyndon va tomber bien bas.
Barry Lyndon est un "rise and fall" movie rien de plus classique et bien que le récit ne soit pas déplaisant à suivre, avec ses moment forts et poignants, plus que le fond c'est la forme qui prime ici. En fait, la forme transcende le fond et sur le plan strictement esthétique, on côtoie la perfection. Stanley Kubrick est un immense metteur en scène, avec cette maitrise absolue du cadrage et de la symétrie. A cela se rajoute la photographie de John Alcott, avec une lumière naturelle qui est sublime. Difficile de ne pas s'extasier devant la beauté des éclairages intérieurs à la bougie et des extérieurs filmés la plupart du temps au coucher ou au lever du soleil. Et a cela se rajoute aussi les décors et les costumes qui semblent sortir d'un tableau du XVIIIe siècle, sauf qu'ici les tableaux prennent vie. On se croirait presque retourner trois cents ans en arrière. C'est le rythme du film, la pose des personnages et la construction des plans et tout pleins de petits détails qui nous font presque ressentir qu'on appartient à cette époque.
Ici, la musique du film est bien plus qu'un accompagnement sonore et joue un rôle primordial. C'est un personnage à part entière, avec sa propre voix et sa propre perspective, créant une atmosphère, soulignant les émotions et révélant les sous-textes pour enrichir la compréhension du spectateur. Ainsi, Stanley Kubrick nous fait redécouvrir la beauté et la puissance de la musique classique, pour nous offrir une expérience sensorielle totale (visuelle et sonore). En témoigne le dernier duel au pistolet entre Barry Lyndon et Lord Bullingdon, longue de neuf minutes et statique et pourtant d'une tension remarquable. Que ce soit la composition des plans, la lumière du lever du jour qui se fraie un chemin à travers les ouvertures de la grange, le roucoulement des pigeons et bien sûr la Sarabande de Haendel, tout participe à la dramatisation d'un duel qui semble se dérouler hors du temps.
Et si on est à ce point impliqué émotionnellement dans cette histoire, somme toute classique, c'est aussi grâce à la performance des acteurs. On sait à quel point Kubrick était un directeur d'acteur hors-pair, voire même tyrannique. Ici, une fois de plus, il tire le meilleur de ses acteurs, en premier lieu Ryan O'Neal, qui apparait tout chétif et hésitant au début du film, mais qui prend peu à peu de l'assurance, jusqu'à devenir un tyran pour Lady Lyndon qu'il a épousé par intérêt et de son fils Lord Bullingdon qui représente une menace pour ses propres intérêts. Mais plus encore que la performance de Ryan O'Neal, c'est Leon Vitali qui impressionne dans le rôle de Lord Bullingdon. Sa haine envers Barry, son beau père, est terrible et en cela le jeu de Leon Vitali est très intense. Et puis il y a la beauté saisissante de Marisa Berenson qui exerce un magnétisme tout particulier sur le spectateur. A noter également Leonard Rossiter (déjà vu dans 2001 L'Odyssée de l'espace) excellent dans le rôle du Capitaine John Quin qui joue un (double) mauvais tour à Barry en arrangeant le duel et en épousant sa cousine.
L'amour que j'ai pour ce film est infini, ma plus grosse claque cinématographique avec Amadeus de Milos Forman dans le genre films d'époque. C'est aussi mon Kubrick préféré, bien que j'adore tous les Kubrick (2001 et Shining complètent mon top 3) et c'est probablement aussi, selon l'humeur du moment, mon film préféré all time.