J'ai profité des vacances scolaires pour aller voir Minotaure ...
Minotaure est le dernier film du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev tourné en Létonie. Exilé en France et considéré comme un réalisateur dissident dans son propre pays, on devine pourquoi (le conflit en Ukraine), Andreï Zviaguintsev va représenter la France pour les Oscar 2027 dans la catégorie meilleur film étranger. C'est son premier long métrage depuis neuf ans et Faute d'amour (2017). Et donc pour son retour sur grand écran, il a décidé de nous offrir une relecture de La Femme infidèle (1969) de Claude Chabrol. Minotaure c'est donc à la fois le remake d'un film des années 60, mais c'est aussi un film qui prend le pouls de son époque en abordant le conflit en Ukraine. Andreï Zviaguintsev a reprit les grandes lignes du scénario de La Femme infidèle, en le transposant dans le contexte actuel, en 2022 en Russie.
Gleb (Dmitriy Mazurov) est le chef d'une entreprise prospère, vivant dans une magnifique demeure, avec une femme non moins magnifique et un fils qui semble épanoui. Mais voilà, Galina (Iris Lebedeva) est une femme au foyer qui ne semble pas se satisfaire de son sort, se sentant délaissée par son mari. C'est pourquoi elle a un amant, Anton (Yuriy Zavalnyouk), qui est photographe (dans La femme infidèle, l'amant est écrivain). C'est donc une famille bourgeoise dont la femme est infidèle, comme dans le film de Claude Chabrol. Mais le scénario ne s'arrête pas là, puisque le maire local convoque Gleb et les autres entrepreneurs de la région pour leur demander d'envoyer des hommes au front, en Ukraine. Gleb devra répondre à un quotas en sélectionnant quatorze de ses employés.
Avec Minotaure, on a en quelque sorte deux films en un, avec le sujet de la femme infidèle et le contexte actuel en Russie avec le conflit en Ukraine. Et pourquoi ce titre Minotaure, me direz-vous ? C'est en référence au labyrinthe du Minotaure, avec Gleb qui s'est perdu dans son propre labyrinthe. Ou peut-être que c'est le Dieu Poutine/le Minotaure qui enferme tout le monde dans son labyrinthe (la Russie). Mais le problème que j'ai avec le film d'Andreï Zviaguintsev, c'est que le mélange des genres ne prend pas tout à fait. On sent trop qu'il y a deux films en un et personnellement j'ai plus apprécié la partie qui se concentre sur l'infidélité de Galina, que sur les tourments moraux de Gleb. Gleb n'a pas envie d'obéir aux ordres et perdre quatorze de ses employés. Mais ne vous y détrompez pas, Gleb n'est pas particulièrement attaché à ses employé, c'est juste qu'il faut faire tourner l'entreprise (une simple question de rentabilité, quoi !). Quant au message anti guerre et anti Poutine, il est bien présent, mais noyé dans l'intrigue principale.
Par contre, sur la forme c'est une totale réussite. La mise en scène est cloisonnée, pour nous enfermer avec les personnages dans la grande demeure familiale qui est luxueuse, mais également froide et austère (portrait de la bourgeoisie). C'est parfait opposé de l'appartement de l'amant qui est plus petit, mais aussi plus chaleureux, avec cette idée de liberté qui séduit tant la Galina. Quant à l'image, elle est froide et terne, pour renforcer le malaise ... l'ambiance est très réussie. Quant à Dmitriy Mazurov et Iris Lebedeva qui interprètent ce couple bourgeois, ils sont parfaits, lui froid et calculateur, elle belle et distante.
Avec Minotaure, Andreï Zviaguintsev ne prend pas trop risque, puisque mis à part le contexte russe avec la guerre en Ukraine, le scénario colle au plus prés à celui de La femme infidèle. Comme dans le film de Claude Chabrol, on questionne la bourgeoisie, avec un couple dont la femme est infidèle et dont le mari s'est trop longtemps désintéressé à elle. On a aussi l'image d'un patriarcat avec les hommes qui sont au pouvoir. Mis à part Galina et la secrétaire de Gleb, il n'y a que des hommes dans ce film. Et bien sûr, le film questionne le problème de l'adultère, avec un mari jaloux qui refuse de tout perdre ...
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Comme dans le film de Claude Chabrol, le mari trompé se rend à l'appartement de l'amant et le tue sur un coup de folie. Et à l'image de Michel Bouquet dans La femme infidèle, il se montre d'une maladresse extrême ... c'est que ce n'est pas facile de faire disparaitre un corp ! Il l'entoure dans un tapis et le balance du balcon et ceci en plein jour. Il est complètement dépassé par les évènements. On est presque dans l'absurde. Et toujours comme dans La femme infidèle, sa femme se rend compte que c'est lui qui a tué son amant. Et de ce fait, elle va se rapprocher de lui, car pour elle, c'est une preuve d'amour.
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La seule différence entre les deux films, c'est que dans La femme infidèle Michel Bouquet se fait arrêter à la fin, alors que dans Minotaure le personnage de Gleb est innocenté. Il s'est débrouillé, avec l'aide du maire, pour inscrire le nom du photographe sur l'une des listes de citoyens envoyés au front et de ce fait, on ne le retrouvera jamais.
Bref, Minotaure est un thriller politique et familial qui brille plus sur la forme que sur le fond. Sur la forme, on est subjugué par la maitrise de Andreï Zviaguintsev qui est clairement un grand metteur en scène. Sur le fond, il manque un petit quelque chose. La structure et la mécanique du scénario sont trop visibles. Minotaure est une très belle œuvre formaliste, mais qui manque de fluidité dans son récit.