
Sorti en 2018 et réalisé par Chloé Zhao, The Rider est un film de cowboys se déroulant à notre époque, dans le Dakota du Sud. A savoir que le Dakota, c'est l'un des États les plus pauvres des États-Unis. On y trouve le mont Rushmore, mais aussi et surtout les grands espaces des Badlands. Et moi quand on me montre les Badlands sur grand écran, je pense tout de suite au film de Terrence Malick, La ballade sauvage (1973) avec Sissy Spacek et Martin Sheen. Ce n'est pas un hasard complet si Chloé Zhao a voulu filmé les Badlands, puisque la réalisatrice chinoise est une grande admiratrice du cinéma de Terrence Malick. L'acteur principal Brady Jandreau, qui n'est pas un acteur professionnel, est un jeune homme d'origine Sioux qui se prend pour un cowboy, ou tout du moins qui se prenait pour un cowboy. En effet, ce jeune homme, amateur de rodéos et dresseur de chevaux, a eu un grave accident qui ne lui permet plus de faire du rodéos, ni même de monter à cheval, s'il ne veut pas avoir de sérieux ennuis de santé, ou alors c'est à ses risques et périls.
Brady Jandreau joue donc son propre rôle sur grand écran, avec son père Tim et sa sœur autiste Lilly. Attention, si la frontière est floue entre la réalité et la fiction, on reste quand même dans une histoire fictive, la preuve étant que la famille Jandreau est renommée ici les Blackburn. Tim Jandrerau est même renommé Wayne, peut-être en hommage à John Wayne ? Qui sait ? Autre exemple, l'acteur Lane Scot, qui lui non plus n'est pas un acteur professionnel, a eu un accident qui le laissa quasi tétraplégique. Pour lui, les rodéos c'est définitivement oublié. Mais si en effet il a eu un accident dans la vraie vie, ce n'est pas lors d'un rodéos comme dans le film, mais un accident de voiture dans la vraie vie. Il y a donc toujours une part de fiction dans le film, Chloé Zhao s'étant juste inspirée de leurs histoires personnelles à tous.
Dans The Rider, on va donc suivre la nouvelle existence de Brady Blackburn (Brady Jandreau) qui a subit un traumatisme crânien après une lourde chute lors d'un rodéo. Il a perdu une partie de l'usage de son bras droit et s'il remonte à cheval, il risque une commotion cérébrale qui lui serait alors fatale. C'est donc une situation difficile à encaisser pour lui qui a consacré toute sa vie aux chevaux. Va-t-il, oui ou non, poursuivre son rêve et repousser la fatalité ? C'est d'autant plus difficile pour lui, que son père dilapide tout l'argent de la famille dans l'alcool et les jeux. Qui plus est, il doit s'occuper de sa sœur autiste. Brady est un cowboy très attachant. On le voit se connecter à la nature et aux chevaux. On nous montre aussi sa lutte intérieure, lui qui rêvait à autre chose.
La relation frère et sœur est ici magnifique, ils se reprotègent mutuellement, Lilly étant bien plus solide qu'il n'y parait et ceci malgré son trouble autistique. Il en va de même avec la relation père et fils, très belle et touchante aussi. C'est normal me direz-vous, c'est probablement la relation qu'ils en retiennent tous les trois pour de vrai et ça, Chloé Zhao a réussi à le capter magnifiquement avec sa caméra. Et qui dit western, dit immense et magnifiques paysages capturés en grand angle. Par moment, on se croirait dans un film de John Ford. Mais plus encore que John Ford, c'est du côté de Terrence Malick qu'il faut chercher la paternité dans le cinéma de Chloé Zhao. C'est du cinéma contemplatif, qui contemple la nature et capture les regards. Toujours filmés à l’aube ou au crépuscule, les paysages des badlands sont sublimes.
The Rider c'est aussi une autre vision de l'Amérique et une remise en question du rêve américain. Ce rêve américain, il est inaccessible pour Brady et pour tous ses congénères d'origine Sioux. Aprés tout, ces cowboys ne sont pas des vrais américains. Et pourtant, ce sont eux qui entretiennent le mythe du cowboy, qui à dos de cheval peut traverser les grandes plaines. Avec The Rider, Chloé Zhao signe une œuvre époustouflante de maîtrise et de grâce, un film profond et humain, une photographie magnifique, des acteurs incroyablement touchants et une histoire profonde sur les rêves brisés et sur notre capacité à oublier le passé pour continuer à vivre.



















